Théorie & principes du cours
Tous les concepts, formules et pièges, séance par séance. Survole les termes soulignés pour voir la définition.
Rappels comptables & santé financière
Avant les outils, les fondations : objectifs de la finance, lecture des états financiers, ratios, et le besoin en fonds de roulement (BFDR) qui revient partout dans la VAN.
Les 3 décisions financières fondamentales
- Investissement — quels projets retenir ? (séance 7-8 : critère de la VAN)
- Financement — dette, action ou bénéfices ? (séances 11-12 : CMPC et structure)
- Distribution — quelle portion du BN verser en dividendes ?
L'objectif central : maximiser la valeur marchande des capitaux propres (pas le profit comptable, qui se manipule).
Bilan & équation fondamentale
Ces trois blocs s'équilibrent toujours. Le ESF photographie l'entreprise à une date ; le CDR raconte l'histoire d'une période.
BFDR — Le piège qu'on oublie en VAN
Le BFDR représente l'argent immobilisé dans le cycle d'exploitation. Quand un projet démarre, on doit financer ce besoin (sortie de fonds à t=0). Quand le projet se termine, on récupère ce BFDR (entrée à t=n).
Ratios financiers — Modèle DuPont
Chaque facteur raconte une histoire différente : la marge dépend des prix et coûts, la rotation de l'efficacité opérationnelle, le levier du financement par dette.
Amortissement — non-monétaire mais important
L'amortissement est une charge comptable sans sortie de fonds, mais elle est déductible fiscalement. D'où le bouclier fiscal :
Pour 50 000 $ d'amortissement à 30 % d'impôt : 15 000 $ d'économie d'impôt par an.
Mathématiques financières
Le langage de la finance. Tout le reste du cours en dépend. Maîtrise les 6 formules ci-dessous et tu réponds à 80 % des QCM de cette séance.
Sommes uniques — capitalisation & actualisation
Annuités & perpétuités
Conversion de taux — TNA, TEA, TIP
Quand la fréquence de capitalisation change, les taux ne sont plus comparables directement. Il faut passer par le TEA comme pivot.
- Toujours convertir le taux à la même fréquence que les flux avant tout calcul.
- Pour Gordon : si r ≤ g, le résultat n'a pas de sens (prix infini ou négatif).
- Annuité ordinaire (fin de période) vs anticipée (début) : un facteur (1+r) de différence.
Critère de la VAN — la méthode des 6 étapes
Le coeur de l'examen final. La VAN mesure la création de valeur d'un projet : valeur actuelle de tous ses flux, actualisés au taux exigé.
Les 6 étapes systématiques
- Identifier le flux à t=0 : coût d'acquisition + BFDR initial ± revente d'actifs remplacés (net d'impôt).
- Calculer le flux d'exploitation annuel : BAII × (1 − t) + bouclier fiscal de l'amortissement.
- Calculer le flux terminal à t=n : revente nette d'impôt + récupération BFDR + ajustements (perte EI sur ACC).
- Choisir le taux d'actualisation k (CMPC ou taux exigé).
- Calculer la VAN : sommer toutes les valeurs actuelles. Pour des flux constants, utiliser l'annuité.
- Décider et interpréter : VAN > 0 → accepter ; VAN < 0 → rejeter ; VAN ≈ 0 → indifférent.
Composition du flux annuel
Pourquoi ajouter Amortissement × t ? L'amortissement n'est pas une sortie de fonds, mais il a réduit l'impôt. On reverse cet effet pour obtenir le vrai flux monétaire.
Gain & perte en capital sur revente — règle du demi-taux
Quand on dispose d'un actif amortissable, la différence entre prix de revente et valeur comptable (VC) génère un gain ou une perte en capital. La règle fiscale canadienne n'impose que la moitié de ce gain — c'est le demi-taux. Cette règle s'applique systématiquement dans les problèmes de VAN du cours.
> 0 si gain (sortie de cash — impôt à payer)
< 0 si perte (économie d'impôt — s'ajoute au flux)
Comment obtenir la VC à la date de revente ?
- Amort linéaire, projet de même durée que l'amort fiscal → VC à la fin = 0 (totalement amorti).
- Amort linéaire sur (Coût − VR) → VC à la fin = valeur résiduelle estimée.
- Durée du projet < durée d'amort fiscal → VC à la date de revente = Coût − (amort annuel × années écoulées). Attention, c'est typiquement ici qu'apparaît une perte en capital.
Gain = 30 000 − 0 = 30 000 $.
Impôt = 30 000 × 0,5 × 30 % = 4 500 $ (et non 9 000 $ au taux plein !).
Revente nette = 30 000 − 4 500 = 25 500 $.
Amort annuel = 150 000 / 8 = 18 750. VC à t=6 = 150 000 − 6 × 18 750 = 37 500 $.
Revente (20 000) < VC (37 500) → perte de 17 500 $.
Économie d'impôt = 17 500 × 0,5 × 26 % = 2 275 $ — qui s'ajoute au flux terminal.
Revente nette = 20 000 + 2 275 = 22 275 $.
Gain = 60 000 − 40 000 = 20 000 $.
Impôt = 20 000 × 0,5 × 25 % = 2 500 $.
Effet sur I₀ : on ajoute la revente (+60 000) et on retire l'impôt (−2 500). La sortie nette à t=0 est réduite de 57 500 $.
- Appliquer le taux plein au lieu du demi-taux → l'impôt serait doublé. La règle est systématique : gain en capital = toujours × 0,5.
- Oublier que la perte en capital génère une économie d'impôt (qui s'ajoute au flux, ne se soustrait pas).
- Mal calculer la VC à la date de revente — surtout si la durée du projet ≠ durée d'amort, ou si une valeur résiduelle a été prévue au départ.
- Appliquer le demi-taux sur la VC au lieu du gain. On taxe toujours la différence (Revente − VC), pas la revente.
- Coûts irrécupérables (étude, plans déjà payés) : ignorer.
- Coût d'opportunité (ex : terrain qu'on possède déjà) : inclure à sa valeur marchande.
- Récupération du BFDR à t=n : à ne jamais oublier.
- Demi-taux sur le gain/perte en capital, jamais le taux plein.
- Bouclier fiscal de l'amortissement : à ajouter au BAII(1−t), pas à le remplacer.
Autres critères de décision
La VAN reste le meilleur critère, mais l'examen teste les autres : TRI, IR, délai de récupération.
TRI — Taux de Rendement Interne
Décision : accepter si TRI > k exigé
- TRI multiple : si les flux changent de signe plus d'une fois, plusieurs TRI possibles (ex : projet minier avec fermeture coûteuse).
- Conflit avec la VAN entre projets de tailles différentes : favorise les petits projets à fort %.
- Hypothèse irréaliste : suppose que les flux intermédiaires sont réinvestis au TRI.
IR — Indice de Rentabilité
Décision : accepter si IR > 1
L'IR est utile en rationnement de capital : il classe les projets par création de valeur par dollar investi.
Délai de récupération
Combien d'années pour récupérer l'investissement initial. Simple à calculer, mais ignore les flux après le délai et la valeur temps de l'argent (sauf en version actualisée).
Obligations & actions — Évaluation
Obligations classiques
Une obligation = une annuité de coupons + une somme unique à l'échéance (la valeur nominale).
Où y est le YTM (rendement à l'échéance) périodique. Pour des coupons semestriels : y = TNA/2, n = années × 2.
P = 60 × [1 − 1,08⁻¹⁰] / 0,08 + 1000 / 1,08¹⁰ ≈ 402,60 + 463,19 ≈ 865,79 $.
Ce que dit ce prix : "à 8 % de rendement exigé, je ne paie cette obligation que 866 $ (sous le pair) parce que son coupon de 6 % est inférieur au marché".
Obligation zéro-coupon
Actions à dividendes croissants — Modèle de Gordon
L'intuition : le prix d'une action = valeur actuelle de tous ses dividendes futurs. Si l'entreprise croît à un rythme constant, les dividendes aussi → c'est une perpétuité croissante, qui se simplifie en formule fermée.
- Dividendes croissent à taux constant g — si la croissance est variable, Gordon ne s'applique plus directement (il faut un modèle à 2 ou 3 phases).
- r > g strictement — sinon la série diverge, le prix devient infini ou négatif (absurde).
- Horizon infini — l'entreprise continue à verser des dividendes pour toujours. Pas valable pour une startup qui ne verse rien ni une firme en liquidation.
D₁ = 2 × 1,05 = 2,10 $. P₀ = 2,10 / (0,10 − 0,05) = 42 $.
Interprétation : à 42 $ aujourd'hui, le rendement total = 5 % en dividende (2,10/42) + 5 % en plus-value (le prix grandit au rythme g) = 10 % exactement.
- D₀ vs D₁ — si l'énoncé dit "l'action vient de verser 3 $", c'est D₀. Tu dois faire
D₁ = D₀ × (1 + g)avant d'appliquer la formule. - Mêmes unités — r et g doivent être au même horizon (annuel avec annuel, pas trimestriel avec annuel).
- g constant et perpétuel, pas un pic de croissance de startup. Sinon → modèle multi-phases.
- r strictement > g. Si le résultat donne un prix négatif ou absurde, c'est souvent que cette contrainte est violée.
Coût des capitaux propres
Rf = taux sans risque · β = sensibilité au marché · (Rm − Rf) = prime de risque du marché.
CMPC — Coût Moyen Pondéré du Capital
Le taux d'actualisation à utiliser pour les projets de l'entreprise. Il reflète le coût combiné de toutes ses sources de financement, pondéré par leur poids dans la structure de capital.
| Symbole | Signification | Exemple |
|---|---|---|
| wd, wp, we | Poids dette / privilégiées / ordinaires (à valeur de marché) | 0,40 / 0,05 / 0,55 |
| kd | Coût de la dette avant impôt (taux d'intérêt sur la dette) | 5,5 % |
| (1 − t) | Facteur d'économie d'impôt sur les intérêts | 0,70 |
| kp | Coût des actions privilégiées = Dp / Pp | 6 % |
| ke | Coût des capitaux propres (Gordon ou MÉDAF) | 10 % |
CMPC = 0,40 × 5,5 % × (1 − 0,30) + 0,60 × 10 % = 1,54 % + 6,00 % = 7,54 %.
- Toujours utiliser les poids à valeur de marché, pas comptable.
- Coût de la dette = taux actuel sur la dette de l'entreprise (souvent : Rf + spread de crédit), pas le taux historique.
- L'économie d'impôt s'applique uniquement à la dette (intérêts déductibles).
- On peut donner un CMPC cible si l'entreprise prévoit ajuster sa structure.
Choix d'une structure de financement
Comment financer un nouvel investissement : par dette, par émission d'actions, ou un mélange ? Le critère central : effet sur le BPA et sur le risque.
Calcul du BPA selon le mode
Plus de dette → plus d'intérêts à payer → moins de bénéfice à partager, MAIS sur moins d'actions (puisqu'on n'émet pas de nouvelles). Le BPA peut donc augmenter avec la dette si le BAII est suffisant.
Seuil d'indifférence BAII*
Le BAII* est le niveau de bénéfice avant intérêts et impôts auquel les deux modes de financement (A et B) donnent exactement le même BPA. C'est le point-pivot de la décision : au-dessus on préfère la dette, en dessous les actions.
Démarche — d'où vient la formule
On pose simplement BPAA(BAII*) = BPAB(BAII*) et on isole BAII*. Comme (1 − t) s'annule des deux côtés :
En multipliant de part et d'autre et en isolant BAII* :
À l'examen, tu peux aussi garder la forme avec BPA : poser les 2 BPA égaux et résoudre. Le résultat est identique, et ça évite les erreurs d'indices.
Règle de décision — visualiser 2 droites qui se croisent
Si tu traces BPA en fonction de BAII, chaque mode de financement est une droite :
- Mode avec plus de dette (B) : pente plus forte (moins d'actions), intercept plus bas (plus d'intérêts à absorber).
- Mode avec plus d'actions (A) : pente plus douce, intercept plus haut.
- Les deux droites se croisent au BAII*. Au-delà, la droite B passe au-dessus : BPAB > BPAA.
BAII < BAII* → Actions gagnent (BAII trop faible pour absorber les intérêts fixes)
BAII* = (0,5 × 0 − 1,0 × 200 000) / (0,5 − 1,0) = −200 000 / −0,5 = 400 000 $.
Interprétation : Si on prévoit BAII > 400 000 → choisir B (la dette amplifie). Sinon → choisir A (sécurité).
Vérification : à BAII = 400 000, t = 20 % : BPAA = 400 000 × 0,80 / 1 000 000 = 0,32 $. BPAB = (400 000 − 200 000) × 0,80 / 500 000 = 0,32 $. ✓
- A : émission d'actions à 10 $ (NA = 1,3 M, IA = 0)
- B : prêt à 8 % sur 3 M$ (NB = 1,0 M, IB = 240 000)
3 scénarios de BAII probables :
| Scénario | BAII | vs BAII* | Préférence |
|---|---|---|---|
| Pessimiste | 700 000 | < 1 040 000 | A (actions) |
| Probable | 1 200 000 | > 1 040 000 | B (dette) |
| Optimiste | 1 800 000 | > 1 040 000 | B (dette) |
Seuil sur FMDAO (Flux Monétaire Disponible pour les Actions Ordinaires)
Le FMDAO = BPA + amortissement par action. Il mesure le cash effectivement disponible pour les actionnaires ordinaires, pas juste le bénéfice comptable. Le seuil se calcule de la même façon, mais avec le FMDAO à la place du BPA :
BAII*FMDAO = même formule, mais avec des valeurs d'intérêts souvent différentes si le remboursement du principal est inclus dans l'analyse
En pratique, au cours FINA 30290, on calcule les deux seuils (BPA et FMDAO) pour chaque comparaison de modes et on vérifie la cohérence. Un BAII seuil FMDAO plus élevé que celui du BPA est normal quand il y a du remboursement de principal — la dette est encore plus exigeante côté cash que côté résultat.
- Confondre BAII* avec le point mort financier (BAII = Intérêts → BPA = 0). Ce sont deux concepts différents : BAII* = indifférence entre deux modes, point mort = BPA nul pour un mode donné.
- Inverser les indices dans la formule. Astuce : au numérateur, N et I ont toujours des modes opposés (NB × IA). Au dénominateur, N − N.
- Oublier le facteur (1 − t) en établissant l'équation — heureusement il s'annule, mais il doit apparaître dans la vérification.
- Conclure trop vite sur la base de BAII seul. À l'examen, présente le tableau 3 scénarios et commente la sensibilité au risque.
- Oublier de comparer BPA et FMDAO quand le mode B inclut un remboursement de capital — le seuil FMDAO est souvent plus haut et peut changer la décision.
Risque financier vs risque d'exploitation
- Risque d'exploitation : variabilité du BAII (lié au modèle d'affaires, au levier opérationnel). Indépendant du financement.
- Risque financier : variabilité du BPA à BAII donné, lié au levier financier (D/E).
Plus la dette est élevée, plus le BPA fluctue pour un même mouvement de BAII. C'est le levier financier.
Modigliani-Miller — la théorie fondamentale
En 1958, Modigliani-Miller ont prouvé mathématiquement que dans un monde parfait (pas d'impôts, pas de coûts de faillite, information symétrique), la valeur d'une entreprise ne dépend pas de sa structure de capital. Résultat contre-intuitif qui a lancé toute la théorie moderne de la finance corporative.
Proposition I — sans impôts
La valeur de l'entreprise avec dette (V_L, leveraged) = la valeur de la même entreprise sans dette (V_U, unleveraged). Structure de capital = neutre sur la valeur totale.
Proposition II — sans impôts
Plus tu ajoutes de dette (moins chère), plus les actionnaires exigent un rendement supérieur pour compenser le risque financier accru. Les deux effets s'annulent exactement → le CMPC reste constant à k₀.
M&M avec impôts corporatifs
Les intérêts sont déductibles fiscalement → chaque dollar d'intérêt sauve t dollars d'impôt. Capitalisé à perpétuité, ça crée un bouclier fiscal de valeur t × D. En théorie pure : plus tu as de dette, plus la firme vaut. L'optimum théorique serait 100 % dette — évidemment pas réaliste.
Théorie du compromis (trade-off)
Dans la réalité, plus de dette = plus de risque de faillite = coûts de détresse financière. La structure optimale équilibre :
- Coûts directs de détresse : frais juridiques, restructuration, liquidation
- Coûts indirects (souvent plus grands) : perte de clients, fournisseurs qui coupent le crédit, départs d'employés-clés, décisions d'investissement sous-optimales
Pecking order (hiérarchie de financement) — Myers
Théorie alternative : les dirigeants préfèrent dans cet ordre :
- Fonds internes (bénéfices non répartis, trésorerie) — aucun signal au marché
- Dette — signal neutre
- Actions nouvelles — dernier recours (émettre des actions signale que les dirigeants pensent l'action surévaluée)
| Sans impôts — Prop I | V_L = V_U |
| Sans impôts — Prop II | k_e = k₀ + (D/E)(k₀ − k_d) |
| Avec impôts corporatifs | V_L = V_U + t × D |
| Structure optimale (trade-off) | Bénéfice fiscal = Coût de détresse |
| Pecking order | Interne → Dette → Actions |
- Comparer les modes aux mêmes scénarios de ventes (pessimiste, prévu, optimiste) avant de conclure.
- Calculer aussi le BPA et le FMDAO au seuil pour vérifier la cohérence.
- Critère final : pas seulement le BPA, mais aussi l'effet sur la valeur de l'action et la capacité à absorber un creux de BAII.
Et après ?
Maintenant que les concepts sont en place :
- Tuteur VAN pas-à-pas — applique la méthode des 6 étapes sur 7 cas différents
- Calculateurs interactifs — vérifie tes formules en direct
- Simulateur 3h — quand tu te sens prêt à passer le test complet